Permanence des soins : certaines zones rurales au bord de la rupture

Paris, le vendredi 11 février 2011 – Parmi les craintes suscitées par l’installation des Agences régionales de santé (ARS), ces préfets sanitaires institués par la loi Hôpital patient santé territoire (HPST) figurait en bonne place chez les praticiens l’inquiétude de les voir réformer à tout va la permanence de soins. Aujourd’hui, pourtant, c’est le statu quo qui semble dominer, les ARS ne paraissant pas avoir fait de ce sujet « leur dossier prioritaire » note le Conseil national de l’Ordre dans son enquête annuelle sur l’état des lieux de la permanence des soins (PDS) en médecine générale rendue publique hier. De fait, sur les 100 conseils départementaux interrogés par l’Ordre, seuls 16 ont vu prendre en 2010 « un arrêté préfectoral ou du directeur général de l’ARS relatif à l’organisation de la PDS ». Les localités dans lesquelles un cahier des charges a été élaboré sont encore moins nombreuses (9 sur 100).

Inexorable
Si ce climat de tranquillité en cette période de transition que beaucoup redoutaient, représente une nouvelle plutôt encourageante, le rapport de l’Ordre comporte cependant d’autres sources d’inquiétudes et notamment la constatation d’une érosion du volontariat. Ainsi, si l’on recense encore 60 % de praticiens volontaires dans 71 % des départements, ce premier chiffre a diminué de sept points par rapport à 2009. En outre, les disparités régionales sont fortes : dans 40 % des secteurs (sur 2 330), moins de dix praticiens de garde peuvent être comptabilisés. Cette situation s’explique selon l’Ordre par une série de facteurs, dont le vieillissement des médecins représente sans doute la raison dominante. L’Ordre évoque également « une reconnaissance encore insuffisante de la mission de service public et dans certains cas (…) l’absence de réponse aux attentes en matière d’organisation et de financement ». Au-delà de cette analyse, les commentaires sont alarmants. Pour François Simon, président de la commission dédiée à la permanence des soins au sein de l’Ordre, interrogé par les Echos, « l’érosion est régulière et paraît inexorable », tandis que le président de MG France, Claude Leicher assure : « Il devient extrêmement difficile d’organiser les tours de garde dans certains zones rurales, on est au bord de la rupture ».

Insécurité : une maison médicale ferme à Rennes
Pourtant, cette évolution inquiétante ne s’est pas traduite par une progression des réquisitions, seuls 28 départements ayant dû s’y résoudre contre 29 en 2009. Le transport des patients et le développement des maisons médicales de garde, qui sont aujourd’hui 300, permettent d’éviter ces décisions impératives. Cependant, l’implantation de ces structures plébiscitées par les syndicats et l’Ordre se heurte à la complexité des démarches administratives et à des problèmes de financement. A cet égard le rapport publié hier relève : « Les difficultés de financement des maisons de garde, le refus de l’Etat d’indemniser un médecin victime d’un grave accident pendant sa garde constituent des signaux inquiétants ». Au-delà de cette question de l’indemnisation, les craintes des praticiens concernant leur sécurité pendant leurs gardes semblent devoir être prises en compte. Il n’est en effet pas à exclure que « l’érosion du volontariat » soit également parfois à mettre au compte de ces inquiétudes et ce même au sein des maisons médicales de garde. Ainsi, à Rennes, la semaine dernière, la permanence des soins des médecins de ville, installée depuis 2006 au sein du Centre hospitalier universitaire (CHU) a décidé de dorénavant fermer ses portes à 20h et non à minuit. Les insultes et les menaces dont auraient été victimes plusieurs médecins la nuit les auraient incités à ce choix.






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