La vie "sociétale" des séniors d'après Nora Berra

La secrétaire d'Etat aux Aînés, a dévoilé les grandes lignes de sa mission pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées.


Nora Berra ouvrira au printemps 2011, les Etats généraux du Vivre chez soi.

On l'oublie souvent: 90% des plus de 60 ans sont en bonne santé, ont un niveau de vie décent et vivent à leur domicile. Lorsqu'on les interroge, les trois quarts de ces seniors disent vouloir rester chez eux le plus longtemps possible. Comment leur offrir cette chance? Nora Berra, secrétaire d'Etat aux Aînés, détaille quelques mesures phares de son programme "Vivre chez soi".

Votre mission traduit un changement d'approche de la question de la vieillesse, dites-vous. Dans quel sens?

Jusque-là, les pouvoirs publics mettaient l'accent sur les personnes en perte d'autonomie. On a doublé le budget de l'assurance-maladie et développé les places dans les établissements spécialisés. Mais il manquait à ce traitement médico-social de la question une vision "sociétale", qui s'impose aujourd'hui, avec l'allongement de la durée de vie et les progrès scientifiques. La mission, qui culminera avec les Etats généraux du Vivre chez soi, au printemps 2011, vise à la fois à faire reculer le curseur de la dépendance - qui survient généralement à partir de 85 ans - afin de limiter au maximum les séjours à l'hôpital, mais aussi à faciliter le développement d'une économie du vieillissement, par la création de biens et de services, en partenariat avec les entreprises privées.

34 villes ont déjà reçu le label "Bien vieillir-vivre ensemble"
Dans quels domaines allez-vous intervenir?

Afin d'améliorer le cadre de vie, nous allons lancer le Diagnostic autonomie-habitat, financé en partie par les aides publiques classiques, qui sera confié à des professionnels. Il aura pour objectif de cerner les risques d'accidents et de vulnérabilité liés à un logement inadapté. Chez les personnes de plus de 65 ans, les chutes à domicile constituent 80% des accidents de la vie courante! Mieux vaut prévenir et entreprendre des travaux, comme installer une douche de plain-pied ou des sols anti-dérapants, lorsque tout va bien. Cela suppose de faciliter l'accès au crédit. Quand vous avez 75 ans et que vous demandez un prêt pour aménager votre logement, votre banquier vous augmente le montant de votre assurance-risque et le coût des travaux devient prohibitif! Nous voulons aussi faire bénéficier les aînés des nouvelles technologies, en mettant notamment en place une connexion ADSL spécifique à un tarif préférentiel. Ceux qui ne possèdent pas d'ordinateur pourront ainsi avoir accès à la télévision numérique, aux services à domicile ou à la télé-assistance.

Et hors du foyer?

Nous allons favoriser la construction de logements adaptés dans les centres-villes, bien pourvus en commerces et transports de proximité, car être chez soi, c'est aussi pouvoir en sortir. Sur ce chapitre, nous travaillons avec l'Association des maires de France et les collectivités départementales. 34 villes ont déjà reçu le label "Bien vieillir-vivre ensemble", que nous avons créé en juillet dernier en partenariat avec le ministère de la Santé. Pour permettre aux aînés de conduire le plus longtemps possible en toute sécurité, nous songeons aussi à mettre en place des bilans de compétence, réalisés par des professionnels, et accompagnés de stages de remise à niveau.

Sur le fond, ne serait-ce pas plutôt aux jeunes, si mal lotis aujourd'hui, de bénéficier en priorité des efforts de la puissance publique ?

En oeuvrant pour les plus de 65 ans, on allège le poids sur les générations suivantes! A l'heure où l'on s'engage résolument dans la réduction des déficits, il est essentiel d'investir dans des secteurs porteurs comme le vieillissement. Si nous installons un fonds de garantie pour aider les entreprises de pointe, nous créerons de la richesse, et cela profitera à tout le monde

Par Claire Chartier, publié le 17/06/2010 à 18:00


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