
THÉRAPIE CELLULAIRE
Un Américain très récemment paralysé à la suite d'une lésion à la moelle épinière a reçu une injection de dérivés de cellules souches embryonnaires humaines. Une première mondiale réalisée par la firme californienne de biotechnologie Geron. L'homme est traité dans le cadre d'un essai clinique, dont la première phase est destinée à évaluer la sûreté et la tolérance de ces cellules, dont l'utilisation fait polémique, autant en France qu'aux États-Unis. En cause, leur origine : un embryon humain, au premier stade de son développement (blastocyte). Le prélèvement entraînant la destruction de l'embryon, la pratique est controversée, voire totalement inacceptable pour les groupes religieux et les hommes politiques conservateurs qui considèrent l'embryon comme un être humain à part entière.
Le décret Obama
"C'est une très bonne nouvelle", s'exclame, en revanche, le spécialiste français Marc Peschanski, qui dirige le laboratoire I-Stem et qui travaille, lui aussi, sur de telles cellules. "On attendait tous cette initiative de Geron, qui avait discuté avec les agences réglementaires et réussi à convaincre la très stricte Food and Drug Administration que ses cellules embryonnaires étaient suffisamment sûres. La firme a ouvert la voie à d'autres essais."
Pour l'instant, outre-Atlantique, les laboratoires publics ne peuvent plus travailler sur ces cellules. En 2009, un décret du président Barack Obama répondait à l'attente des chercheurs en autorisant les fonds publics à financer des travaux sur les cellules souches embryonnaires. Il mettait ainsi fin à l'ère Bush, tout en établissant la distinction entre le processus de prélèvement des cellules souches qui détruit les embryons - pour lequel le financement public reste interdit - et la recherche même sur les cellules déjà prélevées qui pourra être soutenue par des fonds publics. Malgré cela, les militants "pro-vie" se sont mobilisés. Un juge du tribunal fédéral de Washington nommé par Ronald Reagan en 1987, Royce Lamberth, leur a donné raison fin août, ce qui a entraîné l'arrêt des financements par les deniers publics des recherches sur les cellules souches. Le ministère de la Justice a alors annoncé qu'il allait examiner cette décision qui a été suspendue début octobre, ce qui a permis la poursuite des travaux, le temps que la cour d'appel statue. Pendant ce temps, les firmes privées continuent leurs travaux.
La loi française
En France, la loi du 6 août 2004 sur la bioéthique permet la recherche sur les embryons à titre dérogatoire. Selon le dernier rapport annuel de l'Agence de la biomédecine, trente-cinq équipes étaient détentrices d'une autorisation de mener des recherches sur l'embryon ou sur des cellules embryonnaires fin 2009. Dans un rapport rendu public début juillet, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques estime qu'il "convient de passer d'un régime d'interdiction des recherches sur les cellules souches embryonnaires à un régime d'autorisation strictement encadré", ajoutant qu"'il convient de retenir comme critères d'autorisation de ces recherches la finalité et la pertinence scientifique et médicale du projet de recherche". Devant la presse, ses auteurs ont expliqué que ce régime ne serait "pas plus laxiste" que le système d'interdiction/dérogation. Selon eux, dans les pays où il y a un régime d'autorisation, il n'est pas plus facile d'obtenir la validation d'un projet de recherche.
Et pourtant, l'avant-projet de loi relatif à la bioéthique maintient l'interdiction de recherche sur les embryons et les cellules souches embryonnaires, mais introduit un régime dérogatoire sous condition. "Ces recherches peuvent être autorisées lorsqu'elles sont susceptibles de permettre des progrès médicaux majeurs et lorsqu'il est impossible, en l'état des connaissances scientifiques, de mener une recherche similaire sans recourir à des cellules souches embryonnaires ou à des embryons", prévoit le texte.
Usage thérapeutique
"En France, les lois de bioéthique pourraient laisser une firme comme Geron se développer, à condition qu'elle ait les autorisations", admet le professeur Peschanski. "Mais Geron a dû investir des millions de dollars et il lui a fallu cinq ans pour commencer les essais. Les hôpitaux avec lesquels la firme travaille ont dû aussi investir dans des conditions d'accueil, de préparation des cellules, de réception, de formation du personnel qui ont coûté extrêmement cher. Comment voulez-vous que de tels investissements se fassent dans un pays dans lequel a priori on pourrait du jour au lendemain décider d'interdire et donc d'arrêter ces travaux ? Nous sommes dans une situation d'interdiction avec dérogation. Ça veut dire que la dérogation peut être refusée. Ou retirée n'importe quand."
Le spécialiste estime que Roselyne Bachelot refuse d'écouter les experts et les députés compétents. Or, selon lui, sans modification des lois sur la bioéthique, il sera impossible de trouver, dans notre pays, les investissements, dans le domaine industriel et hospitalier, nécessaires au passage à la thérapeutique. "Si les résultats sont probants aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Israël et à Singapour, dans tous les pays où les gens ont commencé à travailler sur les cellules embryonnaires bien avant nous, nous devrons monter nos entreprises et faire nos essais cliniques ailleurs", affirme Marc Peschanski.
Le décret Obama
"C'est une très bonne nouvelle", s'exclame, en revanche, le spécialiste français Marc Peschanski, qui dirige le laboratoire I-Stem et qui travaille, lui aussi, sur de telles cellules. "On attendait tous cette initiative de Geron, qui avait discuté avec les agences réglementaires et réussi à convaincre la très stricte Food and Drug Administration que ses cellules embryonnaires étaient suffisamment sûres. La firme a ouvert la voie à d'autres essais."
Pour l'instant, outre-Atlantique, les laboratoires publics ne peuvent plus travailler sur ces cellules. En 2009, un décret du président Barack Obama répondait à l'attente des chercheurs en autorisant les fonds publics à financer des travaux sur les cellules souches embryonnaires. Il mettait ainsi fin à l'ère Bush, tout en établissant la distinction entre le processus de prélèvement des cellules souches qui détruit les embryons - pour lequel le financement public reste interdit - et la recherche même sur les cellules déjà prélevées qui pourra être soutenue par des fonds publics. Malgré cela, les militants "pro-vie" se sont mobilisés. Un juge du tribunal fédéral de Washington nommé par Ronald Reagan en 1987, Royce Lamberth, leur a donné raison fin août, ce qui a entraîné l'arrêt des financements par les deniers publics des recherches sur les cellules souches. Le ministère de la Justice a alors annoncé qu'il allait examiner cette décision qui a été suspendue début octobre, ce qui a permis la poursuite des travaux, le temps que la cour d'appel statue. Pendant ce temps, les firmes privées continuent leurs travaux.
La loi française
En France, la loi du 6 août 2004 sur la bioéthique permet la recherche sur les embryons à titre dérogatoire. Selon le dernier rapport annuel de l'Agence de la biomédecine, trente-cinq équipes étaient détentrices d'une autorisation de mener des recherches sur l'embryon ou sur des cellules embryonnaires fin 2009. Dans un rapport rendu public début juillet, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques estime qu'il "convient de passer d'un régime d'interdiction des recherches sur les cellules souches embryonnaires à un régime d'autorisation strictement encadré", ajoutant qu"'il convient de retenir comme critères d'autorisation de ces recherches la finalité et la pertinence scientifique et médicale du projet de recherche". Devant la presse, ses auteurs ont expliqué que ce régime ne serait "pas plus laxiste" que le système d'interdiction/dérogation. Selon eux, dans les pays où il y a un régime d'autorisation, il n'est pas plus facile d'obtenir la validation d'un projet de recherche.
Et pourtant, l'avant-projet de loi relatif à la bioéthique maintient l'interdiction de recherche sur les embryons et les cellules souches embryonnaires, mais introduit un régime dérogatoire sous condition. "Ces recherches peuvent être autorisées lorsqu'elles sont susceptibles de permettre des progrès médicaux majeurs et lorsqu'il est impossible, en l'état des connaissances scientifiques, de mener une recherche similaire sans recourir à des cellules souches embryonnaires ou à des embryons", prévoit le texte.
Usage thérapeutique
"En France, les lois de bioéthique pourraient laisser une firme comme Geron se développer, à condition qu'elle ait les autorisations", admet le professeur Peschanski. "Mais Geron a dû investir des millions de dollars et il lui a fallu cinq ans pour commencer les essais. Les hôpitaux avec lesquels la firme travaille ont dû aussi investir dans des conditions d'accueil, de préparation des cellules, de réception, de formation du personnel qui ont coûté extrêmement cher. Comment voulez-vous que de tels investissements se fassent dans un pays dans lequel a priori on pourrait du jour au lendemain décider d'interdire et donc d'arrêter ces travaux ? Nous sommes dans une situation d'interdiction avec dérogation. Ça veut dire que la dérogation peut être refusée. Ou retirée n'importe quand."
Le spécialiste estime que Roselyne Bachelot refuse d'écouter les experts et les députés compétents. Or, selon lui, sans modification des lois sur la bioéthique, il sera impossible de trouver, dans notre pays, les investissements, dans le domaine industriel et hospitalier, nécessaires au passage à la thérapeutique. "Si les résultats sont probants aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Israël et à Singapour, dans tous les pays où les gens ont commencé à travailler sur les cellules embryonnaires bien avant nous, nous devrons monter nos entreprises et faire nos essais cliniques ailleurs", affirme Marc Peschanski.
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